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15.04.2008
Archives sous scellé!
Chers lecteurs, voici un texte transmis par l'AUSPAN (Association des Usagers du Service Public des Archives Nationales). Il concerne le projet de loi sur les Archives qui vient d'être adopté par le Sénat :
"Le texte du nouveau projet de loi sur la conservation et la communication des Archives a été adopté par le Sénat. Des auditions ont été faites par la commission des lois de lAssemblée nationale cette semaine et le texte doit être prochainement voté (dans la deuxième quinzaine d'avril selon le calendrier parlementaire, peut- être le 17). Ce texte est disponible sur le site de lAssemblée : page d'accueil aller à la rubrique « document parlementaire », projet n°566 ou cliquez sur ce lien : http://www.assemblee-nationale.fr/13/projets/pl0566.asp
Ce projet mérite votre attention dans son ensemble, mais plus particulièrement le chapitre « régime de communication ». Il prévoit certes un raccourcissement des délais légaux daccès à une partie des documents (vingt-cinq ans contre trente, ou cinquante contre soixante par exemple) mais comprend aussi quatre points très inquiétants.
- La création dune nouvelle catégorie darchives : les archives incommunicables. Elles pourront ne jamais être communiqués au nom de la «sécurité nationale » (armes biologiques
) et de la « sécurité des personnes », certainement immortelles. Il y a une contradiction dans les termes du texte, qui ne permet pas de comprendre quelles sont les intentions du législateur. Il est dit :
Art. L213-1 : "Les archives publiques sont [...] communicables de plein droit" et L 231-2 : « il existe des archives qui "ne peuvent être consultées" ».
Cet art. 213-2 n'a pas de raison d'être, car :
- 1/ les informations permettant de concevoir des armes biologiques ou de destruction de masse sont nécessairement récentes ; or celles-ci sont déjà couvertes par l'art. 213-2 I 3° ;
- 2/ les informations de nature à compromettre la sécurité des personnes sont déjà visées par le 213-2 I 4°.
- Un nouveau délai, fixé à soixante-quinze ans, est créé, fondé sur une extension de la notion de protection de la vie privée, visant la plupart des archives publiques (Art. L. 213-2-4). Il y a ici amalgame entre la « protection de la vie privée » (celle-ci nétant pas plus définie) et le fait de rendre publique « une appréciation ou un jugement de valeur », catégories particulièrement floues. Ou pire, le fait de « faire apparaître le comportement dune personne dans des conditions susceptibles de lui porter préjudice ». Pratiquement tous les dossiers darchives publiques, tels les rapports de préfets, contiennent des jugements de valeur. Qui décidera et sur quels critères ce qui doit être ouvert alors ? Fixer la barre à 75 ans, conduirait de plus à refermer de nombreux dossiers ouverts depuis 15 ans. Verra-t-on se de refermer pour quelques années les études sur le Front populaire, la 2e Guerre mondiale et Vichy, ou celles sur la guerre froide qui commençaient à souvrir librement ? Certes, restent les dérogations, mais cest placer les chercheurs sous le sceau du privilège individuel pour 25 ans de plus.
- Une notion de « secret des statistiques » est introduite de façon répétitive (14 occurrences au mot secret, dont 8 au secret statistique). L'article 25 nouveau dit dans un I que les documents administratifs (immédiatement consultables en vertu de la loi de 1978 sur la transparence administrative) ne sont communicables qu'aux intéressés quand ils portent atteinte au secret de la vie privée ou comportent des jugements sur les personnes. C'est le cas des dossiers d'instituteurs par exemple. Dans un II, il ajoute que les documents visés aux I sont consultables dans les conditions fixées par le 213-2 : c'est-à-dire 75 ans. Et comme ce II de l'article 25 nouveau ne mentionne pas le 213-3, qui est l'article autorisant des dérogations, le couvercle est vissé. Nul chercheur ou citoyen ne verra les dossiers de cour de justice ou les dossiers personnels avant 75 ans : aucune dérogation nest possible.
- Lart. 213-I 4° aurait pour conséquence d'interdire toute recherche sérielle postérieure à 1923 ; l'art. 213-2 4° rend très difficile la consultation des listes nominatives.
- Enfin, le système des protocoles, déjà en vigueur pour les Chefs dÉtat et dont on a constaté les dérives dans certains cas est étendu à tous les papiers des ministres (Art. L. 213-4). Il permettra à ceux- ci de traiter les archives publiques produites par eux et par leurs collaborateurs, comme des archives privées jusquà leur décès. Les nouvelles dispositions prévues par ce texte sont extrêmement graves : elles traduisent une défiance inquiétante de la part des pouvoirs publics envers la communauté des chercheurs certes, mais de façon plus globale, envers la communauté des citoyens. Elles sont en contradiction flagrante avec les recommandations du Conseil de lEurope adoptées le 21 février 2002 par le comité des ministres.
Nous tenions à vous faire savoir sans attendre cette 1ère information. Une pétition et dautres initiatives sont en discussion. Nhésitez pas à faire circuler le texte voté par le Sénat et soumis aux députés et à diffuser ces informations."
14:31 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : politique, recherche, histoire, sarkozy, littérature, écriture




Commentaires
Etudiant en M1 d'Histoire de l'Art contemporain.
Ecrit par : Escoubet Camil | 17.04.2008
Camille Escoubet, vous vouliez dire quoi ?
Ecrit par : MCI | 17.04.2008
Je ne sais pas s'il faut dire autant de mal que ça des protocoles de remise : ils ont permis des remises d'archives fantastiques en dédramatisant les choses. On n'est plus à l'époque où Foccard emportait ses archives et les faisant stocker à l'ambassade du Gabon en plein Paris pour en dérober l'accès jusqu'à après sa mort. Il est plus facile de détruire ou de cacher que de remettre des archives à un service d'archives : les protocoles sont la réponse que les Archives nationales ont su donner à ces opérations délicates de collecte sensible . Les archivistes départementaux et municipaux font aussi de la collecte d'archives politiques ou sensibles : ils utilisent le contrat de dépôt (pour les archives privées) et le versement (archives publiques) qui donnent des garanties qui rassurent les propriétaires remettant ces archives (communicabilité un peu différée, classement des dossiers, liste des dossiers remis). Les chercheurs s'émeuvent, certes, mais à tort, car ils ignorent totalement les conditions jamais simples dans lesquelles les archivistes collectent les archives. Merci de nous laisser travailler et de ne pas nous prendre pour des suppôts du diable ou des collabos : collecter des archives ne ne fait ni au forceps ni par la contrainte, mais dans la confiance, qui est est fondamentale (et qui ne se DECRETE PAS) et la sérénité avec les propriétaires et détenteurs d'archives. Et remercions les propriétaires d'archives qui ont l'intelligence et la hauteur de vue de préserver ce patrimoine en nous le confiant, la plupart du temps sans aucune contrepartie financière.
Quand à la notion de secret statistique, elle existe depuis la loi de 1951 et nous vivons avec depuis plus de 50 ans : c'est la base qui donne des garanties à la fiabilité des enquêtes de recensement de population. Ce n'est donc pas nouveau ni aberrant ! Il faut lire correctement le projet de loi !
Dans une société normale, personne n'est disposé à révéler des informations sur sa vie personnelle et privée : la transparence totale fragilise et rend vulnérable les personnes ; c'est le début d'une certaine persécution d'Etat, si l'on n'y prend garde, qui instaure un contrôle terrifiant de tous (et surtout du pouvoir) sur chacun. Nous possédons des outils informatiques dangereux d'investigation et de tri. Si les nazis avaient disposé d'autant de moyens d'investigation que nous actuellement, ils auraient sans doute fait beaucoup plus de victimes. Je suis pour ma part étonné que des gens apparemment si attachés à la liberté ne voient pas cela et encouragent la révélation de tout sur tout le monde au nom d'une prétendue "transparence" .... A méditer : le Loft n'est pas un mode de vie social acceptable, c'est une illustration de la persécution permanente des individus par l'image et le contrôle. Notre société en fait en plus un spectacle hideux.
Il est beaucoup plus grave de voir disparaître la Direction des Archives de France dans la réforme actuelle des politiques publiques (RGPP) qui massacre le ministère de la culture et de voir atrophiés ses moyens d'action , ce qui privera à leur tour les archivistes français d'outils, des moyens d'action et de l'audience dans les institutions et auprès du grand public dont ils ont le plus urgent besoin pour agir efficacement.
Ecrit par : Archiviste | 17.04.2008
Cher "archiviste", vous prétendez que, grâce aux protocoles, les "collectes sensibles" seront facilitées. Or, vous n'êtes pas sans savoir que la justice, elle, aura tout à fait le droit de mener des enquêtes dans lesdites archives versées en toute confiance si elles peuvent servir de preuves pour démanteler des réseaux d'extrême gauche par exemple...
De plus, vous nous servez un sempiternel "laissez faire les experts" dont on ne fait que déplorer les effets à tous les niveaux de la société depuis des décennies, des OGM en passant par le nuage de Tchernobyl ou tout simplement l'évolution technocratique et de plus en plus antidémocartique de l'Europe ... car le "mieux" est plus que jamais l'ennemi du "bien".
Enfin, sans vouloir dénigrer votre métier fort utile, ne nous leurrons pas : les archives ne sont que la face avouable de la réalité. Elles ont toujours été falsifiées ou "nettoyées" des documents gênants par leurs propres auteurs, le plus souvent, comme cela est perceptible avec la Grande Guerre ou la Guerre d'Algérie...
Ecrit par : MCI | 17.04.2008
Bien sûr que les protocoles sont utiles : ça fait des années qu'on les pratique, dommage que quelques uns croient inventer la roue en les dénoncant en même temps qu'ils les découvrent ; avant ça, aucun homme politique ne daignait livrer ses archives et trouvait normal de tout détruire pour que surtout personne ne sache rien. Le degré de richesse historique d'un fonds d'archives politique est un excellent indicateur de l'homme politique et de ce l'histoire en retiendra : des archives trafiquées, ça se voit très, très vite, n'importe quel archiviste vous le dira. Et les archives, ça ne se réduit pas aux archives politiques.
Et bien sûr que les archives, ça n'est pas LA VERITE. Pour tout archiviste, çette notion fait partie de la culture professionnelle de base. Rien, aucune activité humaine n'est la vérité, il ne faut pas être grand philosophe pour le savoir. Tout document d'archives nécessite une lecture, et une lecture critique. C'est même quelquefois une possibilité pour manipuler autrui (Talleyrand et les archives du ministère des affaires étrangères, la dépèche d'Ems, le faux de l'affaire Dreyfus, les photos trafiquées de l'URSS de la grande époque, la Turquie et l'Arménie, le Kosovo, l'Irak, la Chine en ce moment, etc., etc., etc. ....). C'est aussi l'un des moyens pour ne pas tout perdre, pour ne pas tout oublier et pour savoir quand même quelque chose d'utile, ne serait-ce que de confronter nos élus et nos dirigeant à leurs promesses et à leurs actions en bien comme en mal. Les archives ne sont pas constituées vertueusement en vue de l'histoire, elles sont le résultat des actions, des doutes, des crises, des remords, des manipulations, de la guerre que se mène les individus, les institutions, les pays, les groupes les des uns aux des autres .... C'est le pire des romans, la pire des routes, c'est ce qui reste quand la bataille est finie et ça ne sort pas indemne de la bataille. C'est tout sauf les convenances et la tranquillité d'esprit. C'est la complainte de la Seine de Kurt Weil et Maurice Magre :
Au fond de la Seine, il y a de l'or,
Des bateaux rouillés, des bijoux, des armes…
Au fond de la Seine, il y a des morts…
Au fond de la Seine, il y a des larmes…
Au fond de la Seine, il y a des fleurs;
De vase et de boue, elles sont nourries…
Au fond de la Seine, il y a des coeurs
Qui souffrirent trop pour vivre la vie…
Et puis des cailloux et des bêtes grises…
L'âme des égouts soufflant des poisons…
Les anneaux jetés par des incomprises,
Des pieds qu'une hélice a coupés du tronc…
Et les fruits maudits des ventres stériles,
Les blancs avortés que nul n'aima…
Les vomissements de la grand'ville…
Au fond de la Seine, il y a cela…
O Seine clémente où vont les cadavres,
O lit dont les draps sont faits de limon,
Fleuv' des déchets, sans fanal, ni hâvre
Chanteuse berçant, la morgue et les ponts,
Accueil' le pauvre, accueil' la femme,
Accueil' l'ivrogne, accueil' le fou,
Mêle leurs sanglots au bruit de tes lames,
Et porte leurs coeurs, parmi les cailloux…
Au fond de la Seine, il y a de l'or
Des bateaux rouillés, des bijoux, des armes…
Au fond de la Seine, il y a des morts…
Au fond de la Seine, il y a des larmes…
Ce serait bien que les chercheurs et les historiens avant de signer n'importe quoi, s'informent un peu sur la manière dont on leur procure les fonds d'archives qu'ils utilisent et aient un peu plus de respect pour le travail que l'on fait pour eux.
Cette loi d'archives est présentée au pire moment, sur fonds de commémoration de mai 68 et de sarkozysme lancinant : si elle en est victime, les chercheurs s'en mordront les doigts et en porteront une lourde responsabilité par légèreté et manque de réflexion. Et s'il y avait mieux à faire, la gauche n'avait qu'à le faire quand elle était au pouvoir : tout le monde aurait bien aimé, je pense, et les archivistes et les historiens ....
Ecrit par : Archiviste | 17.04.2008
Ce contre quoi des historiens protestent est retiré par les députés depuis déjà un bon moment.... C'était déjà demandé par l'Association des archivistes français depuis le 3 avril (donc bien avant la pétition de l'AUSPAN, les déclarations de Gilles Morin et le reste et la tribune du Monde) : http://www.archivistes.org/article.php3?id_article=617
il convient donc de ne pas sombrer dans le fantasme du complot à tout prix.
On peut lire l'état actuel des amendements au projet de loi archives sur le site de l'Assemblée nationale, tel qu'il résulte des amendements portés le 9 avril par la Commission des lois : http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-cloi/07-08/c0708047.asp
Dossier complet sur le site de l'Association des archivistes français : http://www.archivistes.org/article.php3?id_article=578
Ecrit par : Archiviste | 17.04.2008
Cher "archiviste", force est de constater que vous avez raison :
"Article 11 (art. L. 213-1 à L. 213-8 du code du patrimoine) : Délai de communicabilité des archives publiques :
La Commission a adopté deux amendements de précision du rapporteur. Elle a ensuite été saisie d’un amendement du même auteur revenant aux dispositions initiales du projet de loi en matière de délais de communication des documents concernant la vie privée : alors que le Sénat avait proposé un délai de 75 ans en remplacement du délai actuel de 60 ans, cet amendement propose de ramener ce délai à 50 ans, conformément à l’objectif du projet de loi d’accroître la transparence des archives.
La Commission a adopté cet amendement, ainsi que deux amendements rédactionnels du même auteur.
La Commission a ensuite été saisie d’un amendement du même auteur prévoyant que les documents dont la communication est de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes qu’ils désignent ne peuvent être consultés avant l’expiration d’un délai de cent ans, alors que le texte du Gouvernement prévoyait que de tels documents resteraient incommunicables à titre définitif. Jugeant qu’une telle disposition restreindrait de manière disproportionnée le principe du droit d’accès des citoyens aux documents administratifs, le rapporteur a estimé qu’un délai de cent ans à compter de la clôture du dossier rend l’ouverture à la consultation sans danger pour les personnes concernées. Il a en outre indiqué que cet amendement supprimait par ailleurs le délai spécifique instauré par le Sénat en matière de recensements de la population.
M. Michel Hunault a estimé qu’il existe des archives relevant de certaines missions de sûreté de l’État qu’il conviendrait de ne jamais ouvrir à la consultation et fait part de ses réticences à l’égard de l’amendement présenté par le rapporteur.
Mme Marietta Karamanli a, à l’inverse, jugé le délai de cent ans beaucoup trop long. Estimant que si, par exemple, certains événements de 1968 devaient être regardés comme mettant en cause la sûreté de l’État, les archives les concernant seraient dans ce cas couvertes par le secret pour soixante ans encore.
Après que le rapporteur eut jugé que son amendement présentait une avancée puisqu’en l’état actuel du projet de loi, les archives de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes qu’ils désignent ne peuvent jamais être communiquées et que le Président Jean-Luc Warsmann eut rappelé que des affaires de cette nature étaient le plus souvent divulguées dans la presse bien avant ce délai de cent ans, lequel délai excluait qu’une personne désignée soit inquiétée, la Commission a adopté cet amendement, ainsi que l’article 11 ainsi modifié"
Ecrit par : MCI | 18.04.2008
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