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20.10.2010

Le bâillon pour le Québec francophone (en direct de Montréal)

Cet article n'est, hélas, pas visible dans la presse française qui a pourtant été informée...

 

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Le gouvernement libéral de Jean Charest a donc utilisé le « bâillon », l’équivalent de notre « 49-3 », pour faire passer en force, ce mardi 19 octobre 2010, son projet de réforme sur les « écoles passerelles » qui a vocation à permettre d’élargir l’enseignement en Anglais à une plus large population que les seuls Anglophones de naissance. « C'est un des coups les plus lâches jamais portés à la langue française au Québec », a dénoncé Pierre Curzi, député souverainiste et porte parole de l'opposition en matière de langue. Après quelques années de mutisme, l’opposition québécoise sort, elle aussi comme en France, subitement de sa torpeur pour dénoncer ce que son porte-parole assimile à «l'équivalent de la Loi sur les mesures de guerre sur la scène parlementaire»(2). Ces mots ont ici un sens particulier quand on sait que le Québec commémore le quarantième anniversaire des « événements d’octobre », période la plus sanglante de l’histoire récente du peuple québécois.

Pour marquer le coup, l’opposition a organisé deux rassemblements, un à Québec et un à Montréal pour signifier au gouvernement le mécontentement populaire. Le rassemblements a attiré 5000 personnes, ce qui est peu et beaucoup à la fois dans un pays qui a perdu l’habitude de manifester et pour une heure tardive (après 18 h). De nombreuses personnalités du monde politique, syndical et artistique se sont relayées à la tribune pour mettre en garde une population particulièrement sensible à Montréal au fait que le Français comme langue maternelle est en train de passer sous la barre des 50% pour la ville !

Malgré tout cela, la question du Québec ne rassemble pas les foules en France. Il faut dire que rien dans la politique française n’incite à s’en préoccuper. Depuis son arrivée au pouvoir en 2007, Nicolas Sarkozy est « l’homme » des libéraux : c’est un ami personnel de la famille Desmarais, grande puissance financière et ennemie de longue date des souverainistes québécois.  A tel point que, Paul Desmarais, le patriarche, était de la fête au Fouquet’s, le soir de l’élection présidentielle, en mai 2007. Ce dernier a d’ailleurs été élevé, dans la foulée, en 2008, au rang de Grand'Croix, la plus haute distinction possible dans l’ordre de la légion d’honneur. Et, sans la crainte de vulgarité, Sarkozy a, l’année suivante, décoré Jean Charest comme Chevalier, rang inférieur de l’ordre, spécifiant ainsi, pour qui aurait pu en douter, la prédominance de la finance sur le politique !

Les Socialistes français ont mis beaucoup de temps à se souvenir que le Québec existait. Il a fallu attendre la semaine dernière pour que ces derniers remettent sur la table la question québécoise en proposant un retour au traditionnel «ni-ni» : «non-ingérence, non-indifférence» en cas d’alternance en 2012.

Alors, il n’est pas étonnant, lorsque l’on demande, au sortir de la manifestation, au grand comédien québécois Julien Poulin ce qu’il pense du comportement de la France face aux humiliations subies ses compatriotes, il résume une pensée largement partagée ici à Montréal: "on se sent lâchés par nos cousins Français"

 

Notes :

1 - "speak white" était l'insulte lancée par les Anglophones : avant la "révolution tranquille" les Québécois francophone étaient les "white nigger" d'Amérique.

2 - la "loi sur les mesures de guerre" a été appliquée en octobre 1970 par le Canada pour traquer les sympathisans de la cause indépendantiste (en particulier ceux du FLQ) après l'enlèvement et la mort du ministre libéral (pro-canadien donc) Pierre Laporte.

La video de la manifestation du 18 octobre 2010 à Montréal :


Manifestion contre la loi 103 et le bâillon pour le Québec!
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