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13.11.2008

Vers la privatisation des universités... Objectif de l'UE : un marché commun de la recherche (EER)

Isabelle BRUNO EER.jpgLa contruction européenne avance selon une idéologie qui a toujours été maquillée derrière le très pratique écran de fumée des "technocrates de Bruxelles".Dans "À vos marques, prêts… cherchez!. La stratégie européenne de Lisbonne, vers un marché de la recherche", Isabelle Bruno se propose d'analyse en détails le programme de création d’un espace européen de la recherche (EER) où elle explique de façon implacable les mécanismes qui entraînent l’Union vers le « tout marché ».

 

"On aurait pu penser que la recherche, qui dans la tradition humaniste et républicaine ne saurait être inféodée aux seuls intérêts mercantiles, aurait échappé à cette régression. Il n’en est rien, bien au contraire : elle est devenue, dans le cadre de la Stratégie de Lisbonne décidée en 2000 (sous le gouvernement de M. Lionel Jospin), le terrain d’expérimentation privilégié de l’Europe SA. On le doit à l’habileté de la Commission qui a su amener les Etats membres sur son terrain, en particulier par la généralisation de la technique managériale du benchmarking (l’étalonnage comparatif), qui les met en concurrence permanente comme s’il s’agissait d’entreprises. Le « chercheur-entrepreneur » devient ainsi la figure emblématique d’une construction européenne vouée au culte de la « compétitivité »."

Bernar CASSEN, Le Monde diplomatique, octobre 2008

 

"À vos marques, prêts… cherchez!. La stratégie européenne de Lisbonne, vers un marché de la recherche.", d'Isabelle Bruno, Editions du Croquant, coll. « Savoir/Agir », Bellecombe-en-Bauges, 2008, 267 pages, 18,50 euros.

 

Note de l'éditeur :


Mars 2000 : un Conseil européen extraordinaire se réunit à Lisbonne. Quoiqu’il n’ait pas fait les gros titres et demeure inconnu du grand public, ce sommet marque un tournant dans l’histoire de la construction européenne. Les chefs d’État et de gouvernement des quinze pays membres de l’Union se sont alors fixé « un nouvel objectif stratégique pour la décennie à venir : devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». À cette fin, ils ont ouvert le chantier d’un Espace européen de la recherche (EER) qui entend organiser la production, l’échange et la valorisation des savoirs sur le modèle du Marché commun. Ce projet vise à orienter les activités de recherche et d’innovation vers une finalité de compétitivité économique. Son but n’est pas d’intégrer les systèmes nationaux en recourant au droit communautaire, mais de les mettre en concurrence au moyen de techniques managériales censées insuffler un « esprit compétitif » dans les laboratoires comme dans les administrations publiques. Par la construction d’indicateurs de performance et leur évaluation comparative (benchmarking), il s’agit d’inciter les « chercheurs-entrepreneurs » à optimiser leur productivité, et les gouvernants à aménager des conditions institutionnelles, juridiques et culturelles attractives aux yeux des investisseurs. Quantifier ainsi le travail scientifique et l’art de gouverner n’est pas neutre.

En explorant la genèse et la rationalité au principe de l’EER, ce livre se propose d’en déchiffrer les effets politiques sur la société européenne en formation.


Isabelle Bruno est maître de conférences en science politique à l’université Lille 2 et membre du Centre d’études et de recherches administratives, politiques et sociales (CERAPS).

 

Sommaire :

 

  • L'espace européen de la recherche : petite histoire et grands enjeux
    • La fabrique d'une recherche "européenne"
    • "Inventée en Europe, breveté aux Etats-Unis, fabriqué au Japon"
    • "Construire le marché commun de la recherche et de l'innovation"
  • Objectif : 3% du PIB
    • De Lisbonne à Barcelone : l'entrée en lice des Etats
    • De Barcelone à Bruxelles : la course à la compétitivité
  • De la mise en statistiques à la mise en compétition
    • Des manuels de l'OCDE au système statistique européen
    • Chiffrer et déchiffrer les indicateurs S & T
    • Conclusion - Chercheurs européens, encore un effort si vous voulez rester compétitifs !


introduction :


Mars 2000 : un Conseil européen extraordinaire se réunit à Lisbonne. Quoiqu’il n’ait pas fait les gros titres et demeure inconnu du grand public, ce sommet marque un tournant dans l’histoire de la construction européenne. Les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’Union lui ont en effet assigné « un nouvel objectif stratégique pour la décennie à venir : devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ».
Dans leurs conclusions, cet objectif prend corps dans un programme décennal en deux volets, visant d’une part à « préparer la transition vers une économie compétitive, dynamique et fondée sur la connaissance » ; et d’autre part à « moderniser le modèle social européen en investissant dans les ressources humaines et en créant un État social actif ».
En mettant sur l’agenda les problèmes d’emploi, de formation professionnelle et d’exclusion, ce premier « sommet de printemps » a été présenté à l’époque, aussi bien par les universitaires que par les syndicalistes ou les sociaux-démocrates, comme l’acte de naissance de l’« Europe sociale », comme la « revanche de Maastricht ».
Et pour cause, ce qu’on a appelé la « vague rose » avait déferlé sur l’Europe depuis mai 1996, amenant au pouvoir des majorités de centre-gauche dans onze États membres sur quinze. Lorsque les Portugais prennent la présidence de l’Union début 2000, leur Premier ministre Antonio Guterres, qui se trouve alors être à la tête de l’Internationale Socialiste, peut donc mettre à profit un contexte propice au consensus pour tenter de surmonter les antagonismes inhérents aux questions extra-économiques. Le contexte est d’autant plus porteur qu’il conjugue les promesses de la « vague rose » avec celles de la « nouvelle économie ». On attend de la première l’ouverture d’une « troisième voie » qui bâtirait une « Europe sociale » enfin réconciliée avec la compétitivité industrielle ; et de la seconde, une croissance « vertueuse » – c’est-à-dire non inflationniste – fondée sur l’« immatériel » et le « capital humain », accompagnée d’un « retour au plein-emploi ».
Forte de cet unanimisme politique et économique, la présidence portugaise met donc au point une stratégie qui se veut à la fois globale et pragmatique. Globale dans la mesure où elle concerne aussi bien les politiques d’entreprise, de recherche et d’innovation, que la réforme des systèmes de retraites, d’éducation ou de santé. Pragmatique car elle délaisse la méthode communautaire traditionnelle, qui s’est certes montrée utile pour réaliser le Marché commun, mais qui apparaît désormais inopérante pour aller au-delà d’une Union économique et monétaire.
La stratégie – dite « de Lisbonne » – envisage donc bien la continuation de la construction européenne mais par d’autres moyens ; moyens qui ne sont plus diplomatiques ni juridiques, mais managériaux et disciplinaires. Elle entend remédier à ce qu’elle diagnostique être des problèmes d’action collective, en ayant recours aux solutions proposées par les tenants du New Public Management pour gérer efficacement l’organisation européenne, sur le modèle d’une « bonne gouvernance ». Là réside toute l’originalité de la stratégie de Lisbonne : dans la démarche qu’elle inaugure en aménageant un dispositif de coopération intergouvernementale, prétendument ouvert à tous les acteurs et baptisé de ce fait : Méthode Ouverte de Coordination (MOC pour les intimes). Avec le benchmarking pour pièce maîtresse, ce dispositif fonctionne à l’incitation, à l’émulation entre pairs et à la surveillance multilatérale, sans recours à la contrainte légale. C’est par la valorisation des performances nationales, leur quantification et la publicité de leur classement, qu’il plie les dirigeants étatiques à la discipline d’une gestion par objectifs. Autrement dit, les nouveaux champs investis par l’Union, sous la bannière de la MOC, ne font plus l’objet d’une intégration par le droit mais d’une européanisation par le chiffre.
Cet ouvrage se propose de mettre en évidence les effets politiques produits par la médiation du benchmarking dans les relations intergouvernementales. Plus précisément, il entend exposer comment l’ingénierie managériale de la MOC transforme les modes de pilotage et d’administration des activités de recherche, conçues non plus comme source de puissance étatique ou de savoirs collectifs, mais comme producteurs d’innovations brevetables et de propriétés intellectuelles. L’intention de son auteur est double : déchiffrer le discours et les pratiques qui réalisent un Espace Européen de la Recherche (EER) en engageant les États membres dans une compétition effrénée pour attirer les capitaux et les cerveaux ; montrer en quoi ce dispositif actualise la grandeur compétitive comme mesure de toute chose.
Après avoir retracé l’histoire de l’Europe de la recherche, seront identifiés les promoteurs du projet totalisant d’une « économie de la connaissance ». Nous tâcherons d’éclairer le travail de rationalisation et de contextualisation par lequel ils confèrent au dessein d’un « marché commun de la recherche et de l’innovation » la force de l’évidence et de la nécessité.
Une attention toute particulière sera portée à la fabrique du benchmark des 3% d’investissement en R&D comme signe de ralliement destiné aux gouvernants nationaux. Cet exemple nous servira de révélateur pour mettre au jour la bataille politique qui se joue dans l’ombre du consensus affiché par le Conseil européen.
C’est au sein des comités dits techniques et des offices statistiques qu’éclatent des conflits sur les critères pertinents d’évaluation, que des controverses se déclenchent sur la définition des indicateurs communs et que se nouent des alliances pour convenir des cibles à atteindre. En d’autres termes, c’est là que les cycles de benchmarking trouvent leur source de scientificité et de légitimité. Par la mise en nombre et la mise en comparaison des résultats nationaux, ils rendent visibles leurs écarts de performance dans des palmarès qui réordonnent « grands » et « petits » pays à l’aune d’une grandeur compétitive.
Or celle-ci, loin de préexister à l’opération qui la mesure, procède précisément des conventions d’équivalence par lesquelles les gouvernants acceptent de livrer leurs gouvernés à une course sans relâche pour faire advenir un « capitalisme cognitif » en Europe.
L’EER illustre la construction d’un espace européen d’équivalence, où la commune mesure ne sert pas l’égalité sociale et spatiale mais une mise en compétition des populations et des territoires. Son exploration est riche d’enseignements sur la manière dont la gouvernementalité libérale agence la confrontation d’espaces localisés de compétitivité dans un espace globalisé de concurrence. C’est en discernant les lignes de force de cette nouvelle géographie politique que nous espérons dégager des prises à l’exercice d’une pensée critique et de résistances pratiques. […]

25.09.2008

Quand les scientifiques se prennent pour des dieux : les dangers de l'accélérateur de particules du CERN à Genève

PAIKAN_1212340929.jpg

Comme cela était à redouter un accident majeur est survenu le 19 septembre dans le tunnel de 27 kilomètres où se trouve l’accélérateur de particules du CERN : le système de refroidissement est tombé en panne ( plus précisément : lâchage d’une connexion électrique entre deux aimants et fuite d’hélium). Pourtant, ce système de refroidissement est de la plus haute importance, comme vous pouvez le voir sur cette video du CERN :


La ronde des protons dans le LHC (le Grand collisionneur de hadrons) ne reprendra donc pas avant le début du printemps 2009, mais cela ne fait pas, hélas, les scientifiques se remettre en cause, tellement ils sont aveuglés par la véritable "religion" du progrès technique qui dépasse toutes les autres questions comme le respect de la vie sur Terre ...


Plutôt que de faire un mauvais article sur un sujet que l'on ne maîtrise pas totalement, la sagesse impose de citer confrères bloggeurs plus au fait de tout cela pour expliquer les risques :

" Un accélérateur de particules au banc des accusés


Le grand collisionneur de hadrons (Large Hadron Collider), très attendu dans la communauté scientifique, est mis en accusation, coupable de pouvoir produire un trou noir pouvant engloutir la Terre !

En effet, deux « physiciens », l’un espagnol (Luis Sancho), l’autre américain (Walter L. Wagner), voient un danger pour notre Terre dans cet accélérateur de particules. Ils craignent la création de « particules lourdes animées de vitesses très lentes » engendrant selon eux des minis trous noirs nous mettant tous en danger.

Le LHC est censé révolutionner le monde de la physique, en apportant notamment des précisions sur les premiers instants de l’univers, juste après le big-bang, grâce à l’étude des particules issues d’une très forte collision de « deux faisceaux de particules subatomiques ». Le porte-parole du CERN, l’organisation européenne pour la recherche nucléaire, responsable du projet, précise que « deux études ont déjà démontré que les recherches étaient sûres ».

Rappelons que le physicien Américains Walter L. Wagner n’en est pas à son coup d’essai, il a déjà, en 1999, protesté de la même façon contre un accélérateur de particules américain. "

Source: Galgui-Info

NB : par ailleurs, une autre plainte a été déposée, fin août 2008, en Europe, devant la cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg pour les mêmes raisons. La plainte a finalement été rejetée quelques jours plus tard!

 

"Le trou noir du CERN", cette vidéo a été vue plus de 2,6 millions de fois (preuve de l'inquétude qu'elle soulève :

 

 

15.04.2008

Archives sous scellé!

1347084876.jpgChers lecteurs, voici un  texte transmis par l'AUSPAN (Association des Usagers du Service Public des Archives Nationales). Il concerne le projet de loi sur les Archives qui vient d'être adopté par le Sénat :

 

 





"Le texte du nouveau projet de loi sur la conservation et la communication des Archives a été adopté par le Sénat. Des auditions ont été faites par la commission des lois de l’Assemblée nationale cette semaine et le texte doit être prochainement voté (dans la deuxième quinzaine d’'avril selon le calendrier parlementaire, peut- être le 17). Ce texte est disponible sur le site de l’Assemblée : page d’'accueil aller à la rubrique « document parlementaire », projet n°566 ou cliquez sur ce lien : http://www.assemblee-nationale.fr/13/projets/pl0566.asp

Ce projet mérite votre attention dans son ensemble, mais plus particulièrement le chapitre « régime de communication ». Il prévoit certes un raccourcissement des délais légaux d’accès à une partie des documents (vingt-cinq ans contre trente, ou cinquante contre soixante par exemple) mais comprend aussi quatre points très inquiétants.

- La création d’une nouvelle catégorie d’archives : les archives incommunicables. Elles pourront ne jamais être communiqués au nom de la «sécurité nationale » (armes biologiques…) et de la « sécurité des personnes », certainement immortelles. Il y a une contradiction dans les termes du texte, qui ne permet pas de comprendre quelles sont les intentions du législateur. Il est dit :

Art. L213-1 : "Les archives publiques sont [...] communicables de plein droit" et L 231-2 : « il existe des archives qui "ne peuvent être consultées" ».

Cet art. 213-2 n'a pas de raison d'être, car :

- 1/ les informations permettant de concevoir des armes biologiques ou de destruction de masse sont nécessairement récentes ; or celles-ci sont déjà couvertes par l'art. 213-2 I 3° ;

- 2/ les informations de nature à compromettre la sécurité des personnes sont déjà visées par le 213-2 I 4°.

- Un nouveau délai, fixé à soixante-quinze ans, est créé, fondé sur une extension de la notion de protection de la vie privée, visant la plupart des archives publiques (Art. L. 213-2-4). Il y a ici amalgame entre la « protection de la vie privée » (celle-ci n’étant pas plus définie) et le fait de rendre publique « une appréciation ou un jugement de valeur », catégories particulièrement floues. Ou pire, le fait de « faire apparaître le comportement d’une personne dans des conditions susceptibles de lui porter préjudice ». Pratiquement tous les dossiers d’archives publiques, tels les rapports de préfets, contiennent des jugements de valeur. Qui décidera – et sur quels critères – ce qui doit être ouvert alors ? Fixer la barre à 75 ans, conduirait de plus à refermer de nombreux dossiers ouverts depuis 15 ans. Verra-t-on se de refermer pour quelques années les études sur le Front populaire, la 2e Guerre mondiale et Vichy, ou celles sur la guerre froide qui commençaient à s’ouvrir librement ? Certes, restent les dérogations, mais c’est placer les chercheurs sous le sceau du privilège individuel pour 25 ans de plus.
- Une notion de « secret des statistiques » est introduite de façon répétitive (14 occurrences au mot secret, dont 8 au secret statistique). L'’article 25 – nouveau – dit dans un I que les documents administratifs (immédiatement consultables en vertu de la loi de 1978 sur la transparence administrative) ne sont communicables qu'aux intéressés quand ils portent atteinte au secret de la vie privée ou comportent des jugements sur les personnes. C'est le cas des dossiers d'instituteurs par exemple. Dans un II, il ajoute que les documents visés aux I sont consultables dans les conditions fixées par le 213-2 : c'est-à-dire 75 ans. Et comme ce II de l'article 25 nouveau ne mentionne pas le 213-3, qui est l'article autorisant des dérogations, le couvercle est vissé. Nul chercheur ou citoyen ne verra les dossiers de cour de justice ou les dossiers personnels avant 75 ans : aucune dérogation n’est possible.

- L’art. 213-I 4° aurait pour conséquence d'interdire toute recherche sérielle postérieure à 1923 ; l'art. 213-2 4° rend très difficile la consultation des listes nominatives.
- Enfin, le système des protocoles, déjà en vigueur pour les Chefs d’État et dont on a constaté les dérives dans certains cas est étendu à tous les papiers des ministres (Art. L. 213-4). Il permettra à ceux- ci de traiter les archives publiques produites par eux et par leurs collaborateurs, comme des archives privées jusqu’à leur décès. Les nouvelles dispositions prévues par ce texte sont extrêmement graves : elles traduisent une défiance inquiétante de la part des pouvoirs publics envers la communauté des chercheurs certes, mais de façon plus globale, envers la communauté des citoyens. Elles sont en contradiction flagrante avec les recommandations du Conseil de l’Europe adoptées le 21 février 2002 par le comité des ministres.

Nous tenions à vous faire savoir sans attendre cette 1ère information. Une pétition et d’autres initiatives sont en discussion. N’hésitez pas à faire circuler le texte voté par le Sénat et soumis aux députés et à diffuser ces informations."